
Le Stade Furiani a été suspendu à titre conservatoire par la LFP après les problèmes survenus en marge de Bastia-OM, pourtant joué à huis-clos. Le derby corse disputé fin octobre avait déjà été animé et un autre incident était survenu lors de Bastia-Lille, arrêté pendant plus de 20 minutes à cause d’un jet de projectile sur le crâne de l’arbitre assistant. Le président du SCB crie au complot… Mais de qui se moque-t-on ?
Les plus anciens vous diront que ça a toujours été comme ça. Que le foot en Corse est fait pour les sanguins. Que mettre la pression sur l’adversaire par tous les moyens fait partie du jeu. Que c’est la routine pour un stade corse… On ne va pas énumérer ici la litanie des incidents qui ont émaillé des matchs de foot en Corse dans le passé. Il faudrait y consacrer un dossier complet et quelques milliers de lignes.
On se gardera aussi de mélanger des événements tels que les insultes racistes à l’encontre de Bafé Gomis, le dossier Gazélec-PFC en cours d’instruction, les déclarations fracassantes de Furlan, le caillassage du bus et la tentative de troubler le sommeil des joueurs du PSG, les bagarres dans le centre-ville d’Ajaccio puis au stade pour le derby… Mais force est de constater que tout ceci s’est passé sur une zone géographique pas plus grande que l’Île de France, et lors des 6 derniers mois ! Ce qui exclut d’emblée la thèse de la coïncidence…
En Corse, le foot se teinte de politique. De nationalisme, même, puisqu’il est de notoriété publique que les indépendantistes ont leurs antennes au sein des deux clubs principaux de l’île. Par le passé, certains sponsors désireux d’arrêter leur collaboration avec des clubs corses ont été instamment « priés » de rester sur le navire sous peine de représailles. Mais le plus grave, ce sont les comportements sur mais surtout autour du terrain lors de matchs des équipes corses à domicile. Les témoignages de plusieurs joueurs et dirigeants ayant directement vécu ce genre d’exactions sont édifiants.
Petites combines et passe-droits
Bien évidemment, à chaque fois qu’on ose s’élever contre ce genre de pratiques, une véritable levée de boucliers s’organise chez les Insulaires, qui dénoncent la stigmatisation de la Corse et jouent les victimes effarouchées, quand ils ne minimisent pas tout simplement des faits graves. Alain Orsoni, président de l’AC Ajaccio et ancienne figure emblématique de l’indépendantisme local, disait ceci après un derby ACA-SCB pathétique sur le terrain comme en tribune :
« Il faut minimiser ce qui s’est passé, même si on peut le déplorer. Les supporters ajacciens et bastiais ont donné une belle image pendant cette rencontre (…) On a fait honneur au football corse et donné une belle image, (…) Je ne vois pas en quoi mon club serait responsable de quoi que ce soit lors de cette rencontre. Nous avions fait en sorte, au niveau de la sécurité, que tout se passe bien. Il serait dommageable de réduire ce derby à ces cinq minutes quand, en amont, depuis le matin, et bien après la fin du match, tout s’est bien passé…«
En clair, ces moeurs font partie du folklore et il faut s’en accommoder sans rien dire. On croit rêver. Culturellement, les Corses auraient donc droit à une sorte d’exception culturelle, un droit à la baston, à l’intimidation et à la menace. Un particularisme fait de petites combines, de passe-droits et de violences ciblées. L’éventail est large et gradué, des jets de pétards en pleine nuit sous l’hôtel où résident les équipes adverses aux crachats et aux gifles distribués dans le tunnel en passant par les menaces de mort, le tout sous l’oeil bienveillant des dirigeants de club, dont certains n’hésitent pas à mettre la main à la pâte de temps à autre.
Huis-clos, LFP et complot
Tout joueur ou dirigeant de club « continental » ayant disputé un match à enjeu dans l’Île de Beauté revient avec son quota d’anecdotes croustillantes et… effrayantes. Du coup, personne ne s’étonne de voir une région française de 300 000 habitants posséder deux clubs en Ligue 1 et un troisième en Ligue 2. Quand on gagne tous ses matchs à domicile, c’est déjà plus facile de grimper dans la hiérarchie. Surtout quand on jouit d’une impunité quasi-absolue.
Enfin, ça c’était avant. Car cette fois, l’addition est un peu trop salée pour que la LFP ferme les yeux. Il faut quand même se rendre compte que les incidents survenus mercredi soir à Furiani se sont déroulés alors que le match Bastia-OM se jouait à huis-clos. Sans doute une première mondiale. Il faut dire qu’en installant un écran géant accolé au stade, les dirigeants du club devaient bien se douter que la « ferveur » des supporters corses engendrerait quelques débordements. Frédéric Thiriez s’est donc fâché tout rouge et Furiani a été suspendu à titre conservatoire.
Et là-dessus, le président du SCB, Pierre-Marie Geronimi, a le culot de venir crier au complot. « Il y a une commission de discipline à la Ligue professionnelle de football, qui a un président et ce monsieur a décidé de nous démolir. Il ne nous aime pas. Il ne veut plus entendre parler de nous. Semaine après semaine, mois après mois, il trouve tout ce qu’il peut pour nous faire tomber un genou par terre. C’est de l’acharnement. Si on ne veut plus du Sporting Club de Bastia dans le championnat de France, il suffit de nous le dire. On ne veut plus de nous, c’est le message qu’on nous envoie en permanence« .
Il vaut mieux entendre ça qu’être sourd…
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