Ligue 1 : comment le PSG va tuer le football français

PAR Emmanuel Bocquet, le 17/08/2012 à 09:05

Ligue 1 : comment le PSG va tuer le football français

L’argent ne fait pas le bonheur. La maxime vaut également pour le football et notre Ligue 1 bling-bling. Depuis cet été et les transferts de Verratti, Lavezzi, Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva (en attendant Lucas Moura en janvier), le PSG est passé dans une autre dimension. Tout le monde est d’accord, on ne va pas revenir là-dessus. Mais la vraie question – quand on n’est pas supporter parisien – est de savoir si ce PSG version Galactique va profiter au foot français… ou l’envoyer dans la tombe. Les scenarii sont multiples, mais à y regarder de plus près tout porte à croire que l’émergence du « monstre » ne va pas faire que du bien à la Ligue 1.

L’analyse facile consiste à dire que les investissements de QSI à Paris sont forcément une bonne chose pour le foot français. C’est ce que pensent – au moins publiquement – la plupart des observateurs du foot français, et en particulier les entraîneurs et certains présidents - notamment Loïc Féry, celui du FC Lorient – des autres clubs de Ligue 1 qui eux, vont devoir faire avec des Gouffran, des Raspentino, des Cohade et des Samassa mais trouvent ça très bien de jouer contre Ibrahimovic et consorts.

Bien sûr, dans un premier temps l’effet de curiosité va jouer à plein et créer une sorte de bulle. Tout le monde va vouloir voir de ses yeux les stars parisiennes et le PSG va jouer à guichets fermés toute la saison, à domicile comme à l’extérieur. L’attractivité de la Ligue 1 va donc croître de façon exponentielle. En corollaire, les droits télé, notamment à l’étranger, vont également augmenter. Mais ces conséquences positives ont aussi leurs limites :

- D’abord, Paris n’investit et n’investira pas en France. Sa politique est d’aller chercher des grands noms hors de nos frontières. La quasi-totalité des recrues de l’ère QSI a été piochée à l’étranger, en particulier en Italie qui est le terrain de chasse préféré de Leonardo. L’argent qatarien n’est donc pas injecté dans le circuit français et ne profite pas aux autres clubs de L1. CQFD.

- Ensuite, la Ligue 1 va très vite – une question de semaines tout au plus – devenir un championnat à 2 vitesses. L’accroc lorientais de samedi au Parc résulte surtout d’un déficit d’automatismes et n’a tenu qu’à un gros manque de réalisme devant le but. Clairement, le PSG pouvait (devait) planter 6 buts dans ce match, rien que sur la 2e mi-temps. Le début du long règne parisien est simplement reporté… Mais contrairement à la Liga où on s’y connaît en terme de championnat à deux vitesses (Real / Barça, et les autres), Paris n’aura aucun adversaire à sa mesure dans l’hexagone. Lille, qui se structure intelligemment mais dont la croissance est plus linéaire, semble être le rival le mieux armé mais ne boxe déjà plus dans la même catégorie malgré l’arrivée du nouveau Stade.

Quant aux autres (Lyon, Marseille, Montpellier etc.), ils sont déjà à des années-lumières… A terme, Paris va gérer le championnat comme une affaire courante et, excepté une annus horribilis ou une épidémie de fièvre jaune décimant l’effectif, les 10 prochains titres de champion sont promis au PSG (1) (qui s’ajouteront aux 2 titres actuels et en feront le club le plus titré de France).

PLUS QUE LES YEUX POUR PLEURER

Dès que Paris va commencer à gagner, les effets pervers vont rapidement se faire sentir. Au fil des mois, de façon pernicieuse, l’écrasante suprématie du club de la capitale va finir par lasser les suiveurs les moins assidus. Dans le sport comme dans tout autre domaine de la société, les situations monopolistiques agacent et finissent toujours pas provoquer du désintérêt, puis de la suspicion et enfin du rejet. Les exemples de domination sans partage dans l’histoire récente du sport ne manquent pas (Schumacher en F1, Armstrong en cyclisme, Lyon en Ligue 1, Nadal à Roland Garros…). Le public n’aime rien tant qu’une compétition âprement disputée et indécise. Quand on le prive de ce ressort psychologique, le cerveau décroche. Et c’est absolument logique puisque le suspense et l’incertitude sont l’essence même de l’intérêt que l’être humain porte au sport.

Comme le souligne l’économiste du sport Frédéric Bolotny, « l’incertitude engendre la compétitivité, qui crée l’attractivité« . Un cercle vertueux que l’ultra domination à venir du PSG va mettre à mal. D’autres évoquent la possibilité que le PSG soit la locomotive du foot français. Friand de cette métaphore ferroviaire, Frédéric Thiriez, le président de LFP, se réjouit derrière ses bacchantes de banquier époque Brigades du Tigre, arguant que « dans un train, le wagon de queue roule à la même vitesse que la locomotive« .

Sauf que dans le cas de la Ligue 1, la locomotive n’est tout simplement pas accrochée aux wagons. A force de faire cavalier seul chaque année en championnat faute d’une concurrence capable de le titiller – et donc de le faire progresser -, le PSG va tomber petit à petit dans la routine et ne parviendra pas à élever son niveau de jeu en Ligue des Champions face à une adversité bien plus puissante. Là encore, aucun gain pour la football français. Pas ou peu d’impact financier, idem pour l’aspect sportif…

Et puis, quid de l’après-2022 ? Rassasiés par 10 années de marketing et de business lié au foot – de « diplomatie sportive » comme l’appelle le géopolitologue Pascal Boniface – les Qataris se trouveront une nouvelle danseuse et lâcheront le club illico presto. L’exemple de Malaga, où un projet similaire piloté par le cousin de l’actionnaire du PSG (2) est en train de tomber à l’eau – devrait en faire réfléchir certains. Quand sonneront les douze coups de minuit et que Cendrillon se fera la malle, le retour sur terre sera rude. Et il ne restera alors plus aux fans de Ligue 1 que leurs yeux pour pleurer…

(1) QSI a déjà plus ou moins annoncé la fin du conte de fée : 2022, année où le Qatar accueillera la Coupe du Monde.

(2) Abdullah ben Nasser Al Thani, est le cousin de Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, propriétaire du Paris SG via Qatar Sports.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, voici le maillot extérieur du PSG pour cette saison. Avec en prime des plans de Chantome et Hoarau à New York. Culte, non ?

A LIRE AUSSI SUR MENLY :

Plus belle la Ligue 1, épisode 3 : « C’est la reprise ! »

France – Uruguay : comment les bleus ont préparé le match

 

F Partager sur Facebook T Partager sur Twitter Ajouter un commentaire Envoyer par mail S'abonner au flux rss
AJOUTER UN COMMENTAIRE