TF1, Canal+, beIN Sport : la guerre des consultants aura bien lieu

PAR Emmanuel Bocquet, le 21/09/2012 à 17:22

Il y a les anciens, ceux qui ont joué dans les Seventies et font de la résistance : Jean-Michel Larqué en est le dernier rescapé. Il y a les intermédiaires, ceux qui ont sévi sur les pelouses dans les années 80, tels Sauzée, Ferreri, Arribart ou Bravo (dont la carrière s’est étalée sur deux décennies !). Et il y a ceux qu’on a appelé « le lobby France 98″ : Dugarry, Lizarazu, Pirès et bien sûr le déifié Zidane (si on veut bien considérer que les 3 mots inaudibles qu’il ânonne à l’antenne font de lui un consultant).

Bref, les profils sont variés. Sur TF1, l’inamovible trident Jeanpierre-Wenger-Lizarazu continue de régaler le public de Footix de la plus grande chaîne d’Europe, qui ne jure que par Benzema et Ribéry, les deux têtes de gondole de Téléfoot. Sur le service public, la retenue de Manu Petit contraste avec la gouaille de Jérome Alonzo, promu au rang de consultant principal en alternance avec l’ancien milieu des Champions du Monde 1998.

De son côté, M6 fait sa soupe dans des vieux pots : Larqué et Ferreri se sont partagés le micro avec Thierry Roland (RIP). Notez : il fallait bien être deux pour supporter les blagues racistes et les coups de sang du commentateur préféré des beaufs. Enfin, dès son arrivée sur le marché, BeInSport a tapé fort en attirant dans ses filets quelques-uns des journalistes chevronnés de Canal+, soulevant au passage une belle polémique entre les deux chaînes rivales.

Canal+ justement, a fait face à l’exode en blindant ses cadres (Dugarry, Bravo) tout en faisant revenir Sauzée au bercail après son escapade chez feue Orange Sport. Et continue de filer un pognon monstre à Zidane pour que ce dernier nous éclaire de ses commentaires les plus pertinents : « C’est bien, c’était un bon match, je crois que le meilleur a gagné« . Voilà en gros pour l’état des lieux et encore, on vous épargne les radios où, pourtant, certains spécimens (Fernandez), sévissent depuis bien (trop) longtemps.

Alors la question qui émerge logiquement de cet état de fait est la suivante : pourquoi les anciens footballeurs pros sont-ils de plus en plus nombreux à passer derrière le micro pour dispenser leur savoir acquis au fil de leur longue expérience d’athlète de haut niveau ? La réponse tient en fait à plusieurs facteurs.

1/ Rester dans la lumière

Cette reconversion représente le moyen le plus rapide et facile de se reconvertir : aucune formation spécifique n’est requise, hormis de parler à peu près correctement français (et encore, cf. Luis). C’est aussi et surtout une façon pour le footeux retraité en manque de terrain de rester dans « l’ambiance », proche du jeu et des joueurs.

Habitués aux feux de la rampe, les anciens pros se retrouvent du jour au lendemain à vivre sans le rayonnement médiatique qui a accompagné une grande partie de leur carrière. Une fois les crampons rangés et les millions d’euros soigneusement investis, ils se trouvent donc totalement désoeuvrés. S’occuper de sa famille, faire une petite opé marketing, un match de bienfaisance, un parcours de golf… C’est bien gentil, mais ça ne remplit pas un agenda. Quant à l’adrénaline, le compte n’y est pas non plus.

Dès lors, s’exprimer dans un média national, c’est l’occasion de revenir régulièrement dans la lumière, de se rappeler au bon souvenir du (plus ou moins) grand public. Et puis, il y a ce petit frisson du direct qui lui rappelle un peu celui qu’il ressentait dans le tunnel menant au terrain, juste avant un gros match. Commenter des matchs ou venir donner son avis sur un plateau devient donc un moyen de passer le temps, de combler le vide.

2/ Retrouver la compétition

Comme pour le terrain, le mercato a lieu tous les ans et certains ont déjà changé de « club » plusieurs fois : Lizarazu a claqué la porte de Canal pour aller signer à TF1 et à RTL. Franck Sauzée est passé de feue Orange Sport à Canal+, Arribart de Canal+ à Eurosport avant de revenir sur la chaîne cryptée et avant de devenir la « tête d’affiche » des dimanches soirs sur Canal+, Christophe Dugarry a fait ses armes sur M6. Bref, dans ce métier il faut être mobile.

Mieux encore : le mimétisme joueur/consultant est tel que ces derniers ont désormais des… agents. Qui gèrent leur carrière médiatique comme jadis leur carrière sportive. Il faut dire que l’arrivée massive de nouveaux diffuseurs dans un milieu assez restreint jusque-là, a logiquement provoqué une situation concurrentielle dans le landerneau. Le marché s’est créé et la télé est devenue une véritable machine à recycler du footeux en même temps qu’un vaste panier de crabe où les places sont chères. Aucun de ces messieurs ne le dira ouvertement, mais en coulisse critique et les vannes fusent. Après s’être affrontés sur le pré, les consultants se tirent la bourre devant les caméras.

La concurrence peut aussi faire rage au sein d’une même chaîne, les consultants se battant alors pour commenter les matchs les plus prestigieux. Sur Canal+, Christophe Dugarry est peut-être le meilleur consultant foot de la télé, il doit maintenant faire face à l’arrivée de Franck Sauzée – « le 2e meilleur consultant de France » selon Cyril Linette, le patron des sports de la chaîne cryptée. Une menace voilée mais bien réelle pour celui qui s’est fait remarquer pour la pertinence de ses analyses mais aussi pour ses clashs (dont un mémorable face à Noël Le Graët).

3/ Garder le contact avec le « milieu »

En restant dans le milieu du foot, mais en passant « de l’autre côté de la barrière », les anciens footballeurs professionnels poursuivent un autre but plus ou moins avoué : trouver ou retrouver un job sur un banc. Certains d’entre eux ont en effet passé leurs diplômes d’entraîneur dans l’intervalle et cherchent un club.

Commenter des matchs permet de garder le contact avec les acteurs et les décideurs du foot français et d’avoir une visibilité. Ainsi, après deux ans au Canal Football Club, Didier Deschamps a atterri à l’OM, avant de prendre en main les destinées des Bleus. Même chose pour Elie Baup, qui a quitté sa casquette de consultant sur Canal pour endosser celle de coach de… l’OM. Mais aussi pour Marco Simone, qui a promené sa crête gominée sur le banc de Monaco avant d’être viré comme un malpropre et de… revenir illico presto au CFC.

4/ Être (parfois grassement) payé.

Ca paraît tout con, mais le footeux à la retraite a aussi besoin de vivre. Surtout les plus anciens qui n’ont pas connu l’âge d’or du foot business et ses revenus de cheik saoudien. Bon évidemment, pour Zidane les quelques 900 000 euros annuels que lui offre Canal+ servent tout juste à acheter le pain

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