Hollande bashing : les promesses (déjà) non tenues du Président

PAR Romain Renner, le 07/09/2012 à 09:50

DOSSIER - Non content de devoir composer avec les sceptiques depuis sa prise de fonction, François Hollande doit désormais faire face aux critiques des premiers déçus. Outre son manque d’initiative, de nombreux Français l’accusent de ne pas tenir ses promesses.

« Les promesses n’engagent que ceux qui les croient », expliquait Jacques Chirac. La dernière campagne présidentielle a été chiche en annonces. Quelques propositions ont bien été faites mais, conscients des possibilités limitées de l’Etat français en ces temps de crise, François Hollande ne s’est pas emballé. Si les Français, bien aidés par les médias, reprochent son inactivité au Président, celui-ci a encore 4 ans et demi pour mener à bien le programme sur lequel il a été élu.
Il n’en reste pas moins qu’en quelques mois d’exercice du pouvoir, le chef de l’Etat a déjà dû renoncer à certaines de ses promesses de campagne. François Hollande a découvert la dure réalité de tout président élu : il est plus facile d’établir un programme que de l’appliquer. Six annonces du candidat n’ont pas survécu à l’été.

Partie 1 : la politique
Partie 2 : le style présidentiel

LA POLITIQUE

- Emploi : 300 000 emplois d’avenir prévus, la moitié de faite

Le 29 août dernier, le ministre du Travail, Michel Sapin, a annoncé la création des emplois d’avenir, censés palier au chômage des moins de 26 ans. Au nombre de 300 000 dans les propositions de campagne de François Hollande, les emplois d’avenir ne seront que 150 000 à voir le jour (100 000 en 2013, 50 000 en 2014). La mesure coûtera 1,5 milliard d’euros par an à l’Etat français. Une facture qui aurait donc été doublée si le projet initial avait été suivi. Si le souci d’économie du gouvernement est compréhensible, le Parti socialiste a peut-être pêché par excès d’ambition en annonçant autant de créations d’emplois d’avenir. Problème : alors que la France compte plus de 3 millions de chômeurs, la mesure semble maintenant manquer d’envergure.

- Economie : pas de rétablissement de la TIPP flottante ni de gel du prix des carburants pendant trois mois

La TIPP flottante est une taxe sur l’essence qui diminue lorsque le prix du pétrole augmente. Le recours à cette mesure, mise en place en 2000 et abandonnée en 2002, est avancée par les socialistes lors de la campagne présidentielle. François Hollande va même jusqu’à proposer le gel pur et simple des prix du carburant pour une durée de trois mois à compter de son entrée en fonction. Après trois mois de hausse des prix (qui n’ont donc pas été gelés), le gouvernement décide de réduire artificiellement le coût de l’essence en prélevant 3 centimes d’euros de moins par litre. Les distributeurs s’engagent également à baisser leur marge de 3 centimes. Résultat : 6,2 centimes d’euros en moins par litre en moyenne. La mesure est temporaire et coûtera 135 millions d’euros par mois à l’Etat (1,6 milliard d’euros par an pour les amateurs de chiffres).

- Diplomatie : des dictateurs reçus à Paris

Dans son discours du Bourget prononcé le 22 janvier 2012, François Hollande reproche à Nicolas Sarkozy de recevoir « en grande pompe » des dictateurs à Paris. Le futur président de la République fait alors référence à de sympathiques personnages tels que Mouammar Kadhafi et Bachar al-Assad. Mais depuis sa prise de fonction, les rois du Maroc, de la Jordanie et d’Arabie Saoudite se sont, entre autres, rendus à l’Elysée. Le Président découvre que la diplomatie ne peut pas se faire qu’entre pays démocratiques et que les régimes politiques à tendance (légèrement) despotiques font partie du jeu.

Le discours du Bourget :

- Intérieur : la même politique que Nicolas Sarkozy concernant les Roms

La droite invoquait des questions de sécurité là où la gauche parle de salubrité. Le résultat, en revanche, est le même : la politique du gouvernement envers les Roms ressemble fort à ce que faisaient les ministres de l’Intérieur de la précédente majorité. Manuel Valls – souvent qualifié de « Sarkozy de gauche » – a fait démanteler de nombreux camps et a ainsi déplacé plus de 3 000 Roms sur les 15 000 vivant actuellement dans l’Hexagone. Le gouvernement a tout de même pris une première mesure éloignée de ce que proposait le précédent pouvoir en place en décidant de l’assouplissement des conditions d’entrée sur le marché du travail pour les Roms. Celles-ci restent toutefois très restrictives.

- Limitation des mandats : les cumulards ne suivent pas les consignes

Cette promesse partait pourtant bien. Une fois arrivés au gouvernement, les ministres ont démissionné de leur(s) fonction(s) élective(s). Les maires – comme Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault – se sont, par exemple, rétrogradés au rang de simples conseillers municipaux. Mais voilà, les élus socialistes n’ont pas forcément envie de suivre la règle. François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon et figure du PS, crie haut et fort qu’il conservera ses deux mandats jusqu’en 2014. Si l’engagement de François Hollande n’est pas encore compromis, il est sérieusement mis à mal par les cumulards qui traînent les pieds pour ne pas suivre les ordres.

- La taxe d’imposition à 75% réduite a minima

Fin février, François Hollande prend tout le monde de court et annonce la taxation des revenus à 75% à partir d’un million d’euro. Le 6 septembre, Le Figaro révèle que le projet du Président ne sera pas aussi fort que prévu. Selon toute vraisemblance, un célibataire tombera sous le couperet des 75 % s’il gagne plus de un million d’euros par an. Mais pour un couple ou une famille avec enfants, il faudra que les revenus du foyer fiscal dépassent deux millions d’euros par an pour que la taxe s’applique. Les enfants ne donneraient en outre droit à aucun avantage et la taxe ne s’appliquerait qu’aux revenus du travail (salaires, traitements et primes). Les revenus du capital en seraient, en revanche, exonérés. Un revirement est finalement à l’image de la mesure : sorti de nulle part. Lorsqu’il l’avait annoncée, François Hollande avait mis le PS dans l’embarras. En revenant en arrière, le Président discrédite son gouvernement et sa capacité à maintenir un cap.

LE STYLE PRÉSIDENTIEL

Les plus grandes promesses de François Hollande auront finalement concerné son style de futur président. Le rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy ayant été si fort, le candidat socialiste a eu tout loisir de se poser en « anti-sarkozy ». Dès le jour de son intronisation, François Hollande a tenté d’imprimer sa marque, dont les grandes lignes ont été clairement énoncées lors du désormais mythique « Moi, président de la République ».

Les circonstances ont été fatales au style Hollande, condamné à s’adapter à des situations difficilement prévisibles lorsqu’il promettait de ne jamais tomber dans les travers du sarkozysme.

- Une trop grande mise en scène de la « présidence normale »

On ne poussera pas le vice jusqu’à accuser François Hollande d’avoir contribué à rendre le mot « normal » absolument insupportable. Mais on notera tout de même que l’excès de simplicité et de normalité a fini par lasser. Les trajets en voiture, la promesse de ne jamais dépasser les vitesses ni griller les feux rouges, le départ en vacances par le train… Bref, François Hollande a tout fait pour s’afficher comme un citoyen lambda devenu président. Mais cette mise en scène permanente a ses limites et les critiques ont fusé sur le style du Président… pas assez Président. Un problème de sécurité a également été pointé du doigt lors du médiatique voyage en train vers Brégançon. Pour protéger convenablement le président de la République dans un tel voyage, le dispositif mis en place est d’une grande importance et s’éloigne de l’image de simplicité initialement prévue.

- La vie privée du Président s’est affichée au grand jour

« J’essaierai de faire la distinction entre vie publique et vie privée ». Sans doute François Hollande sentait-il que la tâche allait être ardue. La discrétion et la pudeur du Président, souvent soulignées par ses proches, a été mise à mal par la fameuse affaire du tweet, élément déclencheur de la déferlante de Unes et de publications concernant le « triangle » Hollande/Trierweiler/Royal. Totalement indépendant de sa volonté, ce grand déballage a fait du tort à celui qui avait beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir laissé sa vie privée déborder sur sa vie publique (départ de Cécila Sarkozy, arrivée de Carla Bruni etc).

- François Hollande s’est impliqué dans la campagne des législatives

« Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité », déclarait François Hollande lors du débat de l’entre-deux tours. Las, l’affaire du tweet (encore elle) a obligé le président de la République à sortir de sa réserve. Il soutient ouvertement la candidature de Ségolène Royal, investie par le PS, face à celle du dissident – et futur vainqueur – Olivier Falorni. « Dans cette circonscription de Charente-Maritime, Ségolène Royal est l’unique candidate de la majorité présidentielle qui peut se prévaloir de mon soutien et de mon appui », publie-t-il alors dans un communiqué.

- Le gouvernement compte des ministres condamnés par la justice

François Hollande avait promis de ne pas s’entourer de personnes « jugées et condamnées » par la justice. Jean-Marc Ayrault, première personnalité nommée par le président de la République bénéficie apparemment d’une dérogation. Condamné – puis réhabilité – en décembre 1997 à six mois de prison avec sursis pour favoritisme, le profil du premier ministre ne correspond pas à la promesse faite par le Président. Christine Taubira, condamnée en 2004 aux Prud’hommes à 5300€ de dommages et intérêts pour le licenciement injustifié de son assistante parlementaire, entre également dans la catégorie des ministres condamnés.

- Des soupçons de conflit d’intérêt pèsent sur le gouvernement

A l’époque où elle était dans l’opposition, la gauche a souvent dénoncé des « copinages » bénéficiant à des proches du pouvoir en place. Dès le 12 juillet pourtant, Le Canard enchaîné révèle que Laurent Olléon (époux de Fleur Pellerin), Boris Vallaud (mari de Najat Vallaud-Belkacem) et l’épouse d’Aquillino Morelle bénéficient de postes au sein de ministères. Si l’on est loin du scandale d’Etat, cette pratique s’éloigne un peu de la promesse faite par François Hollande (« Il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts »). Le mandat accordé au groupe Lazard dans le cadre de la réflexion sur la future banque publique d’investissement (BPI) est une situation plus délicate. Propriétaire des Inrocks, le patron de Lazard, Mathieu Pigasse, a récemment nommé la compagne d’Arnaud Montebourg, Audrey Pulvar, à la tête de sa rédaction. Décidé par Bercy – qui englobe plusieurs ministères dont celui du Redressement productif -, ce mandat n’a pas été approuvé par Arnaud Montebourg. Il a toutefois jeté un soupçon regrettable sur l’action du gouvernement. Ouvertement mise en cause par Le Nouvel Obs – qui affirme que l’attribution de ce mandat « pourrait ne pas être indépendant du fait que Mathieu Pigasse avait nommé en juillet Audrey Pulvar » -, la journaliste a décidé d’attaquer le magazine pour diffamation.

 

Il est bien évidemment trop tôt pour tirer un quelconque bilan de la présidence de François Hollande sur un plan politique. La barre symbolique des cent jours passés à la tête de l’Etat ne sera réellement franchie que le 18 octobre prochain (comme expliqué ici) et la majorité des annonces du programme présidentiel ont encore une chance de se réaliser. Il subsiste toutefois ce saisissant contraste entre les promesses de forme (style de la présidence, exemplarité etc) et la réalité des faits. Pour ne pas décevoir, il aurait fallu ne rien promettre. Mais en politique, ne pas promettre se traduit bien souvent par ne pas être élu.

 

Pour revivre l’entrée de François Hollande à l’Elysée :

F Partager sur Facebook T Partager sur Twitter Ajouter un commentaire Envoyer par mail S'abonner au flux rss
AJOUTER UN COMMENTAIRE