« Jeunes de France, barrez-vous ». Oui, mais pour aller où ?

PAR Romain Renner, le 10/09/2012 à 15:20

DOSSIER - La semaine dernière, Libération publiait une tribune pour inciter les jeunes Français à quitter le pays au plus vite. Chômage, apathie économique et gérontocratie sont mis en cause dans cet appel. Une question se pose alors : où partir et pour y faire quoi ?

Partie 1 : où les jeunes peuvent-ils partir ?
Partie 2 : deux expatriés parlent de leur vie à Melbourne

Félix Marquardt, Mouloud Achour et Mokless ont frappé un grand coup. Dans une tribune publiée par Libération le 3 septembre dernier et intitulée Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous, les trois hommes encouragent notre jeunesse à aller voir du pays (un site a même été créé). Un appel qui a fait réagir. La France, plombée par un chômage de 20% pour les 15-24 ans, dirigée par des sexagénaires et frileuse en matière d’innovation ne serait plus à-même de satisfaire aux conditions indispensables aux bons développements de ses jeunes forces vives. Ce constat établi par les trois hommes, bien que nuancé par d’autres journalistes – notamment sur le taux de chômage des jeunes plus proche des 9% (voir  vidéo) -, met en exergue une vérité. Face à une situation difficile, les Français ont envie (besoin ?) d’ailleurs.

Ce sont déjà 2,5 millions de nos compatriotes qui vivent à l’étranger. Le solde migratoire des Français est d’ailleurs négatif, 233 000 personnes quittant chaque année l’Hexagone pour seulement 168 000 retours (coût annuel pour l’Etat français : 8 milliards d’euros). Financièrement, ces départs semblent profitables. Près de la moitié (46%) des expatriés bénéficient d’un salaire mensuel moyen de 2 500 euros (1 600 euros en France). Un chiffre qui, à lui seul, donne à réfléchir sur l’intérêt de prendre un billet sans retour vers l’étranger.

Partir dans des pays demandeurs

Le départ à l’aventure, sac sur le dos et quelques euros en poche, est probablement un fantasme encore très répandu. Il n’en reste pas moins que les jeunes – et les autres – disposent de moyens plus sûrs de partir à la conquête du monde. Certains pays sont aujourd’hui en demande d’immigration. Le Canada a choisi d’accueillir plus d’immigrants afin de soutenir son économie. C’est également le cas du Royaume-Uni, dont le marché du travail flexible est source de tous les espoirs pour les migrants. Ces deux pays attractifs ont décidé de s’appuyer sur une main-d’œuvre étrangère pour résister et sortir de la crise. Une aubaine pour les Frenchies sur le départ.

L’Asie est actuellement – et sans surprise – le marché qui se développe le plus. Un pays comme la Chine est actuellement très demandeur en matière d’énergie, de construction et de logistique. Le secteur de la grande distribution est également porteur dans l’Empire du milieu. Le savoir-faire français dans ces domaines y est très prisé. Contrairement à ce qui se dit, l’Hexagone dispose encore d’écoles et d’universités capables de (très bien) former les futurs demandeurs d’emplois.

Les économies prometteuses

Si les hypes espagnoles et irlandaises sont retombées – crise oblige -, l’Europe occidentale (premier pôle d’émigration des Français) reste une destination de choix. Les ponts permis par l’Union européenne permettent des évolutions de carrière intéressantes. Une possibilité qui attire notamment les cadres, qui représentent 39% des émigrés. L’Europe de l’est, moins prisée, a besoin d’une main-d’œuvre qualifiée pour accompagner son développement et présente de nombreux avantages en termes de niveau de vie.

L’Irlande également touchée par un problème d’émigration :

Ces États en pleine croissance sont véritablement les pistes à privilégier. Ils permettent aux jeunes diplômés de trouver des emplois à hauteur de leurs compétences et d’évoluer plus rapidement dans leur vie professionnelle. Demandeurs d’investissements, ils donnent une chance à ceux qui ont les idées d’avoir les moyens de les mettre en œuvre. La Turquie, le Brésil et l’Inde, pour ne citer qu’eux, font partie de ces terres d’accueil pour les entreprises étrangères.

Des destinations moins évidentes

Le rêve américain a beau demeurer, il n’en reste pas moins difficile d’accès. Emigrer vers les Etats-Unis est une voie compliquée. Du fait de règles très strictes en matière d’immigration, entrer au pays de l’Oncle Sam relève encore du parcours du combattant. L’obtention des visas et les règles très restrictives en matière de travail des immigrés sont autant de raisons qui font des Etats-Unis une destination compliquée vers laquelle on ne peut se tourner sans être solidement préparé.

Le Japon, autre pays qui a la cote auprès des jeunes Français, se trouve, lui, dans une situation particulière. S’il accueille très peu d’immigrés (2% de sa population environ), il aurait pourtant besoin, selon un rapport de l’ONU publié en 2001, de 33 millions d’immigrés d’ici 2050. Mais une immigration difficile n’est pas synonyme d’immigration impossible. Nombreux sont les exemples de Français venus apporter un savoir-faire ou une pratique peu répandue dans les pays qu’ils visaient. On pense notamment ici aux boulangers partis exporter leur art aux quatre coins du monde et affichant de belles réussites. Les ambitieux auront également leur place dans des pays plus enclins à donner leur chance à ceux qui tentent de monter leur business. Reste à avoir la bonne idée au bon moment.

A suivre : deux expatriés français ont tenté l’aventure australienne et nous parlent de leur périple.

Paroles d’expatriés

Deux Français à Melbourne : « Si tu cherches vraiment, tu trouves du travail en un ou deux jours »

L’Australie fait partie des destinations qui font rêver. Pays lointain, il jouit d’une bonne image auprès des Français qui voient en lui une destination vers laquelle il est simple d’immigrer et travailler. Camille et Aymeric, un couple de Français, nous parlent de leur exil à l’autre bout du monde.

Pourquoi avoir quitté la France ?

On a choisi de partir juste après l’obtention de nos diplômes pour découvrir autre chose. Découvrir un autre pays, une autre culture et aussi pour pouvoir partir longtemps à l’étranger dans un pays qui ne ressemble pas du tout à la France. On s’est aussi dit que c’était l’occasion de commencer notre carrière professionnelle, de débuter notre métier, dans un nouveau pays.

Pourquoi l’Australie ?

Nous voulions aller dans un pays anglophone. Nous avions alors le choix entre l’Afrique du Sud (pays d’origine d’Aymeric, ndlr) et l’Australie. De plus, nous n’avons entendu que des critiques positives à propos du pays, notamment qu’il était très facile de trouver du travail. De plus, l’obtention du visa Working Holiday est assez simple grâce à l’accord qui unit la France et l’Australie. On ne regrette vraiment pas ce choix.

A quelles formalités administratives doit-on se plier pour partir ?

Il faut avoir un passeport valable et remplir un formulaire de demande de visa, en anglais, de plusieurs pages sur le site du gouvernement et donner 200 euros. I faut attendre entre deux et trois semaines pour avoir la réponse du gouvernement. Ensuite, il faut faire son permis international – pour ceux qui l’ont -. Rien de plus simple : il suffit d’aller à la mairie. La démarche, gratuite, ne prend qu’une semaine. Un bilan de santé et quelques vaccins sont également nécessaires. Pour finir, il faut justifier de 4000 dollars australiens (3 237 euros) sur son compte. Au final, ce ne sont pas des démarches compliquées mais elles prennent un peu de temps. Il vaut mieux s’y prendre bien à l’avance pour éviter tout problème.

Comment se passe l’arrivée en Australie ? 

Au début c’est un peu dépaysant, surtout au niveau de la langue et de la nourriture. Mais ce qui nous a le plus frappé, c’est le niveau de vie. Tout est beaucoup plus cher qu’en Europe. Mais les salaires sont plus élevés donc cela se justifie. Pour être nounou, je suis payée près de 2400 dollars australiens (un peu plus de 1900 euros).

La légende dit-elle vrai ? Trouve-t-on facilement du travail ? 

Tout dépend de ton secteur d’activité. Mais de manière générale, on trouve du travail beaucoup plus facilement qu’en France. Toutes mes connaissances ont mis quelques jours à trouver un emploi à Melbourne. Si tu cherches vraiment, tu trouves du travail en un ou deux jours. Ce sont même souvent les patrons qui te proposent de travailler pour eux quand tu vas faire les boutiques ou manger au restaurant. Impensable en France !

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