Ils connaissent la mode mais en ont repoussé les limites. Pour eux, pas question de n’être que des pions de la tendance, ils ont décidé de la détourner et en sont fiers. Ces hommes se sont les sapeurs. Un culte de la toile, une religion du style qui sévit de l’autre côté de l’Atlantique, là où pourtant la guerre civile, la corruption et l’analphabétisme rythment leur quotidien. Profusion de couleurs électriques, exhibition des plus grandes griffes de luxe, au Congo, l’habit fait l’homme, rythme son quotidien, le rend puissant. Zoom sur le phénomène de la Sapologie.
A l’instar du « parisianisme » la Sapologie est devenue une véritable vanité identitaire, un code de la puissance, une façon de vivre. Armés de leur blazer de luxe, de leur cannes, cigares, chaussures en peau de crocodile et couleurs flamboyantes, ces messieurs de la SAPE (Société des ambianceurs et personnes élégantes) arpentent les rues de la ville, se pavanent dans les lieux publics, s’imposent et se démarquent par leur façon de se « saper ». Des néo dandy évoluant dans un paradis superficiel, celui de la mode, probablement pour échapper à la réalité de leur quotidien, rythmé par la pauvreté, et la maladie. Armani, Dolce & Gabbana, Prada, Gucci, Gaultier, le bling bling version Sapologie se ressent…pourtant sous leurs apparences criardes se cachent un véritable code de conduite. Tout le monde ne naît pas sapeur.
Origine de la « Sapologie »
A chaque mouvement, son origine. Si les sapeurs s’affirment aujourd’hui comme de véritables monarques au Congo, le phénomène doit pourtant son origine à un homme en particulier. Flash back dans les années 80, sous le règne de Mobutu, moment où l’Ancien Zaïre subit une véritable crise. Le pays étant en pleine reconstruction économique, démographique et politique, un groupe de personnes décident d’échapper à cette réalité et imaginent un nouveau concept de vie, celui de la sapologie. Sous la tutelle de Stervos Niarcos, de son vrai nom Adrien Mombele, un musicien congolais (mort en 1995) véritable « pape de la sape » et fondateur de la religion du kitendi (« tissu », en lingala), les Sapeurs donnent naissance à un nouveau code du style, extravagance, sous-culture du chic et profusion de couleurs comme mot d’ordre.
Les Monarques congolais
Ils ont revisité la mode selon un certain rapport aux couleurs, aux matières. Pour eux pas question d’attendre les dimanches à l’église, les mariages, les fêtes en famille, le culte de la sape rythme leur vie, leurs accoutrements démontrent une forme de rébellion. On leur voue un véritable culte, on les invite dans les cérémonies, on les acclame, leur cire les chaussures, les sappeurs se sont les nouveaux rois du Congo, des hommes respectés. Mais à quel prix ?
Dans le dressing du Sapeur
Costume coloré, cravate, noeud papillon et chaussures en crocodile, les Sapeurs s’affirment à travers un dressing particulier à mi chemin entre l’extravagance et le dandy chic. Une façon de conjurer la misère qui les entoure, un échappatoire à leur condition de vie qui passe par la sape et une palette chromatique exubérante. Si les premiers sapeurs déambulaient fièrement dans les rues dans les années 80, aujourd’hui le phénomène attire toutes générations confondues et s’est popularisé. En 2008, l’Edition Trolley publiait une livre hommage à cette sous-culture à travers de sublimes photographies de l’italien Daniele Tamagni et une introduction du créateur Anglais, Paul Smith.
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