Le baiser mortel du dragueur : The sexual network (4/4)

PAR Emmanuel Bocquet, le 18/07/2011 à 10:15

Le baiser mortel du dragueur : The sexual network (4/4)Cet article est la suite (et la fin) de : The sexual network (1/4), The sexual network (2/4), The sexual network (3/4).

Il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits et réaliser le côté ubuesque de la situation. C’est sûr, une entrée en matière comme celle-là, ça doit être une grande première. En fait, je viens d’inventer un « opener » : se jeter comme un sac aux pieds de sa cible. Je suis tiré de mes réflexions par la nécessité de lui répondre quelque chose, mais surtout par la douleur brutale qui irradie mon avant-bras droit. « Ca va aller, merci… » dis-je, poussé par l’orgueil.

Mais en me relevant, je me rends bien compte que quelque chose ne va pas. Malgré la volonté de faire bonne figure devant ma cible, je dois me résoudre à laisser échapper un gémissement au moment où je palpe mon poignet. Elle s’en aperçoit tout de suite et prend les choses en main. « Vous avez peut-être quelque chose de cassé. Je vous emmène à l’hôpital. Venez, je suis garée juste à côté. » Je ne cherche même pas à comprendre et emboîte docilement son pas jusqu’à sa Smart.

Là, elle m’installe avec précaution sur le siège passager et se penche au-dessus de moi pour boucler ma ceinture, laissant les effluves de son parfum parvenir jusqu’à moi. Un instant de réconfort qui me fait presque oublier la douleur. « L’hôpital le plus proche d’ici, c’est Lariboisière » lance-t-elle en s’installant au volant, comme si cela coulait de source. Du coin de l’oeil, je la regarde évoluer dans la circulation, jurer quand un 4X4 noir lui fait une queue de poisson et se mordiller la lèvre inférieure quand ça n’avance pas assez vite à son goût.

Moins de dix minutes plus tard, elle engage la Smart s’engage dans l’allée des urgences et l’immobilise devant l’entrée, moteur tournant, puis m’aide à descendre. Pendant que j’avance au rythme d’un escargot arthritique dans un long couloir aux murs jaunes, elle est déjà à l’accueil et parlemente avec l’infirmière. Lorsque je parviens à la rejoindre, elle a déjà géré tout l’administratif. « Vous avez votre carte vitale sur vous ? » me demande-t-elle ? « Là, dans ma poche intérieure… »

Cinq minutes plus tard, on est assis côte-à-côte dans la salle d’attente. « Merci beaucoup« , lui dis-je. « Si vous avez des choses à faire, je vous libère… » Elle tourne la tête vers moi et sa réponse fuse. « Un homme qui se jette à mes pieds comme ça, ça n’arrive pas tous les jours. Je ne vais pas vous lâcher comme ça« . Je sais que c’est une boutade, mais j’ai envie d’y croire. J’insiste un peu pour la forme, mais son refus catégorique de partir avant qu’un médecin ne m’ait pris en charge me ravit intérieurement.

L’attente va durer une heure et demie. Une heure et demie pendant laquelle je découvre qu’elle s’appelle Caroline, qu’elle est photographe, habite aux Abbesses dans le 18e, est originaire de Nantes et, plus important, qu’elle est célibataire. Et aussi qu’elle est belle. Très belle, sa voix rocailleuse ajoutant une touche particulière à son charme. Une heure et demie qui suffit à me faire chavirer. Lorsque le jeune interne de garde vient me chercher pour m’emmener faire une radio, elle se saisit de mon iPhone et crée elle-même une fiche avec son numéro, qu’elle enregistre dans mes contacts. « Appelez-moi ce soir pour me dire comment va votre poignet » glisse-t-elle en me rendant mon smartphone. Sur ces mots, elle s’éclipse…

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Ca fait six mois qu’on est ensemble, Caro et moi. Pour la première fois, je fais des projets de mariage et d’enfant. Je l’ai même présenté à mes potes et à ma famille (dans cet ordre). Je ne lui ai jamais dit qu’au moment de notre rencontre, je m’apprêtais à l’accoster et lui servir un baratin lu sur un site Internet peuplé de queutards en goguette. La peur de casser la « magie » de notre première rencontre si particulière ? Sans doute. Mais aussi l’idée que, pour ce qui concerne les relations humaines, le hasard fait définitivement mieux les choses que les maths…

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