Le bilan des (vrais) 100 premiers jours de François Hollande

PAR Rédaction Menly, le 19/10/2012 à 12:15

Le bilan des (vrais) 100 premiers jours de François Hollande

Pressée de faire le bilan du Hollandisme, la presse a célébré un peu tôt les 100 premiers jours du socialiste à la tête de l’Etat. Plus patient, Menly a attendu 100 jours effectifs d’exercice du pouvoir avant de souffler les bougies.

Le 14 août dernier, la France célébrait – ou non, d’ailleurs – l’anniversaire des 100 jours de François Hollande à l’Elysée. Mais entre le changement de président, les législatives, la rentrée des parlementaires et les vacances, François Hollande n’avait exercé sa fonction qu’un tiers du temps. Aujourd’hui, 18 octobre, marque donc le véritable centième jour du président de la République en tant que chef d’Etat. Voici le premier bilan que nous pouvons tirer de ces 100 premiers jours, laissant le soin à nos lecteurs d’en tirer leur propre conclusion.

Cliquez pour accéder à la partie qui vous intéresse :

Les questions politiciennes
Les réformes liées au sarkozysme
Economie, budget, finances, emploi et industrie
Société, éducation, justice
Politique étrangère et Europe

LES QUESTIONS POLITICIENNES

Promesses tenues : François Hollande a rapidement tenu deux promesses de campagne en baissant de 30% les salaires de l’exécutif (président et premier ministre) et en nommant 50% de femmes dans son gouvernement. De grands ministères comme la Justice, la Santé, l’Ecologie et l’Enseignement supérieur ont été attribués à des femmes.

Promesse non-tenue : «Moi, président de la République, je ne serai pas chef de la majorité», avait déclaré François Hollande le soir du débat de l’entre-deux tours. Las, la succession de Martine Aubry à la tête du PS et son implication dans la campagne des législatives (affaire Falorni/Royal) l’ont obligé à sortir de sa réserve. Le chef de l’Etat s’est confronté à la dure réalité de la Vème République : le président est aussi le patron de la majorité et il ne peut en être autrement.

Les difficultés : le président de la République connaît les pires difficultés pour gérer les membres de son gouvernement. La querelle Montebourg/Moscovici concernant la nomination du président de la Banque Populaire d’Investissement (BPI), les déclarations de Vincent Peillon (cannabis, semaine de cinq jours à l’école), les ambitions de Manuel Valls et les critiques concernant le travail de Jean-Marc Ayrault ont donné une vilaine impression de cacophonie au sein de l’équipe dirigeante.
- Autre problème de taille : la gestion du cas des écologistes. En désaccord avec la position officielle du gouvernement concernant le nucléaire, le cannabis et le traité européen, les Verts n’ont de cesse d’aller à l’encontre de la volonté de François Hollande sans pour autant quitter le gouvernement. Une situation qui ne pourra pas durer éternellement. Liée à la majorité par un accord pré-présidentielle bancal, EELV ne passera probablement pas le quinquennat aux côtés du Président.
- Valérie Trierweiler est également un «problème» pour le président de la République. En réalité, c’est la place qu’occupe la première dame qui lui cause du souci. Son métier de journaliste – bien qu’elle ne s’occupe plus d’affaires politiques – et sa jalousie – supposée ou avérée, peu importe – envers Ségolène Royal suscitent nombre de commentaires. Carla Bruni et Cécilia Sarkozy réunis n’avaient pas autant attiré l’attention. L’affaire du tweet a définitivement altéré son image auprès de l’opinion publique qui n’avait jamais fait un tel rejet envers une première dame.
- Difficile d’évoquer l’actuelle compagne de François Hollande sans évoquer l’ancienne. Mère de ses enfants et responsable politique avant tout, Ségolène Royal ne facilite pas la vie du chef de l’Etat. Sa candidature à La Rochelle et l’affaire de l’ONU ont donné lieu à autant de psychodrames que le discret président de la République aurait voulu éviter. Son statut d’ex-finaliste de la présidentielle lui confère une place d’importance au sein du PS et la rend incontournable. Impossible donc de l’«effacer».
- Nicolas Sarkozy est également une difficulté inattendue pour François Hollande. Son regain de popularité, conjugué à la chute vertigineuse de la cote de popularité du Président font horriblement souffrir le gouvernement. Même éloigné de la vie politique, l’ancien chef de l’Etat fait toujours la Une. Jamais président absent n’aura autant gâché la vie de son successeur.

LES REFORMES

Le précédent quinquennat

Retour sur les réformes sarkozystes : durant la campagne, le candidat Hollande a régulièrement promis de revenir sur quelques décisions marquantes du quinquennat Sarkozy. Le gouvernement a annulé la mise en place de la TVA sociale votée avant les élections ainsi que la défiscalisation des heures supplémentaires. Il a également réhabilité la hausse des droits de succession et la TVA sur les livres.
- Le ministère de la Culture a également décidé ne pas réaliser plusieurs projets élaborés sous la direction de Frédéric Mitterrand par mesures d’économie.
- Le président de la République a également décidé d’accélérer le calendrier de retrait des troupes d’Afghanistan. Il s’y était engagé durant la campagne.
- L’Education nationale a donné lieu à un retour en arrière par rapport à la politique menée ces cinq dernières années. Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé le recrutement de 40 000 professeurs pour revenir sur les non-remplacements de l’ère Sarkozy.
- La réforme des retraites, très critiquée sous Nicolas Sarkozy, a été retouchée.
- En se rendant à Dakar, François Hollande a voulu faire oublier le discours prononcé par son prédécesseur sur «l’homme africain». Son objectif est désormais d’établir une nouvelle relation France-Afrique.

Continuité du sarkozysme : malgré sa volonté de renégocier le traité européen en y ajoutant un volet «croissance», François Hollande a fait ratifier le traité «Merkozy» au Parlement. Une signature obtenue grâce, notamment aux voix de la droite.
- Les justifications ont peut-être changé mais la politique reste la même. Manuel Valls a poursuivi une politique très sarkozyste en matière d’immigration. L’exemple le plus flagrant reste sa gestion du cas particulier des Roms.



Economie, budget, finances, emploi et industrie

Promesses tenues : comme prévu, le Président a annoncé une hausse du Smic de 2% ainsi qu’une augmentation de l’allocation rentrée et des bourses.
- La ministre du Logement, Cécile Duflot, a annoncé un encadrement des loyers, une promesse de campagne du candidat socialiste.
- Outre la diminution du traitement de l’exécutif, François Hollande a décidé de plafonner les salaires de la fonction publique afin de continuer à donner l’exemple en période de crise.
- La BPI vient d’être officiellement mise en place. A sa tête, Jean-Pierre Jouyet, un fidèle du Président, et Nicolas Dufourcq. Dotée d’une capacité de financement de 40 milliards d’euros, on attend de voir quelle sera la voie prise par cette nouvelle institution.

Promesses non-tenues, imprécisions et incohérences : le cas de l’ISF n’a pas encore été définitivement tranché. Les 75% d’imposition à partir d’un million d’euros ont finalement été fortement atténués et le cas des oeuvres d’art a – de nouveau – mis à mal la cohésion du gouvernement.
- La TIPP flottante et le gel du prix des carburants n’ont finalement pas été mis en place. Il s’agit d’une promesse de campagne que le Président a rapidement écarté.
- Les 300 000 emplois d’avenir et le doublement du plafond du Livret A ont subi la dure loi des budgets restreints. Seuls 150 000 emplois d’avenir verront finalement le jour d’ici à 2014 et le Livret A n’a été relevé qu’à hauteur de 20 000 euros.

Les difficultés : les cas PSA et Petroplus sont le symbole des difficultés françaises à gérer son industrie déclinante. Que le ministère s’intitule «industrie» ou «redressement productif» n’y change pas grand chose.
- L’investissement qatari dans les banlieues françaises fait jaser. Et pour cause, jamais la France n’avait laissé un autre Etat s’ingérer dans ses affaires.
- Le mouvement des geonpi, jeunes entrepreneurs dénonçant le matraquage fiscal dont ils s’estiment victimes, est venu s’ajouter aux difficultés du gouvernement à faire passer son projet en termes de fiscalité.
- Déjà sérieusement amorcée, la hausse du chômage se poursuit. En atteignant le seuil fatidique des 3 millions de sans emploi, la France métropolitaine est dans une mauvaise passe.

Le projet : l’objectif d’un déficit de 3% pour 2013 a été maintenu par Jean-Marc Ayrault. Il faudra attendre pour voir si le gouvernement tient cet objectif lié à la rigueur budgétaire dénoncée par l’opposition dont le projet était pourtant similaire.
- Le gouvernement a choisi de ne pas se fermer au patronat. En rendant visite au Medef, Jean-Marc Ayrault a provoqué l’ire d’une grande partie de la gauche mais montre un revirement dans la politique socialiste.
- François Hollande veut faire baisser le coût du travail. CSG, charges patronales, plusieurs pistes ont été évoquées mais aucune n’a encore été exploitée.



Société, éducation, justice

Promesses tenues : jugée anticonstitutionnelle durant la campagne, la loi sur le harcèlement sexuel a été réétudiée, remodelée et reproposée afin de ne pas laisser un vide juridique empêcher des jugements.
- Un premier projet de loi concernant le «mariage pour tous» sera étudié le 31 octobre prochain, conformément au plan annoncé dès la campagne.

Promesse non-tenue : dans l’impossibilité de réunir la majorité des 3/5ème du Parlement nécessaire à l’adoption d’une loi sur le droit de vote des étrangers, François Hollande doit renoncer à l’un des marronniers de la gauche. François Mitterrand avait déjà formulé cette proposition dans les années 80.

Les projets : l’Education nationale est l’une des priorités du quinquennat. François Hollande a récemment annoncé le contenu de ce qu’il appelle la «refondation de l’école». Le président de la République a cependant manqué de clarté sur l’ensemble des mesures évoquées.
- Le défenseur des droits Dominique Baudis a présenté les premiers résultats de son étude concernant les relations police/citoyens. Les codes de déontologie et de procédure pénale devrait être révisés dans les mois à venir.

Politique étrangère et Europe

Promesse non-tenue : François Hollande refusait d’accueillir des dictateurs mais a finalement convié à l’Elysée les rois du Maroc, de la Jordanie et d’Arabie Saoudite.

La difficulté : en délicatesse avec Angela Merkel, François Hollande a du mal à s’imposer sur le plan européen. Souvent fustigé, l’axe Merkozy a laissé place à une domination allemande.

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