Débat Fillon-Copé, simple remake de Sarkozy-Hollande

PAR Gautier Roos, le 25/10/2012 à 07:25

 

Ce soir, les deux prétendants à la tête de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon s’opposeront sur France 2. Doit-on s’attendre à un remake du débat Sarkozy-Hollande ?

François Fillon et Jean-François Copé, deux personnalités fortes de l’UMP, concourent tous deux à la présidence du parti, à l’heure où l’opposition peine à trouver ses marques face à une gauche qui cumule tous les pouvoirs. Quelques mois avant eux, Nicolas Sarkozy et François Hollande se retrouvaient au deuxième tour de la présidentielle pour prendre en main un pays, qui à l’instar de ses voisins du Sud de l’Europe, avance au ralenti. On l’admet volontiers, les différences idéologiques entre Hollande et Sarkozy sont certainement bien plus fortes que celles du tandem Fillon-Copé. Les campagnes des deux candidats UMP semblent pourtant calquées sur celles de leurs illustres prédécesseurs.

D’un François à un autre

François Fillon adopte la posture du rassembleur, costume endossé par François Hollande il y a cinq mois. Les coups bas aux adversaires, les petites phrases destinées à choquer, ce n’est pas pour lui. Ou plutôt pour eux ! François Hollande aimait marteler que Sarkozy n’a fait que diviser et opposer les français pendant son mandat, François Fillon assure quant à lui qu’il «ne s’adresse pas qu’à la droite ou au centre mais aux Français». Les deux hommes ont compris la base du marketing politique : pour se faire élire, mieux vaut brasser l’électorat le plus large possible. En témoigne les soutiens variés de l’ancien premier ministre, qui vont de la chiraquienne Valérie Pécresse aux très droitiers Eric Ciotti et Gérard Longuet (ex-Occident), en passant par des sarkozystes comme Christian Estrosi.

L’originaire de la Sarthe partage une nature discrète avec son jumeau de Corrèze. Une sobriété qui n’empêche pas les deux hommes d’être des fins tacticiens qui savent faire preuve d’habileté pour flairer les bons coups. Prendre ses distances avec un Parti socialiste en difficulté pour se lancer très tôt dans la campagne présidentielle a été une stratégie payante pour François Hollande. Et bien qu’il soit fortement décrié aujourd’hui, son « président normal » a été un argument malicieux dans sa conquête de l’Elysée. Mais François Fillon n’a rien à envier de son mentor à lunettes. Celui qui déclarait à l’Assemblée dès 2007 être à la tête d’un état en faillite a vu très tôt plus juste que ses camarades. Ce discours prophétique s’ajoute aux cinq longues années qu’il a passées sur le banc de Matignon, soit la seule fois où, sous la Vème République, un président de la République a maintenu son Premier ministre pendant l’intégralité de son mandat.

Sarkozy-Copé, même combat

De l’autre côté du ring, on retrouve les cogneurs Sarkozy et Copé. Ces pros de l’uppercut n’ont pas peur d’écharper et de blesser pour arriver à leurs fins. Comme le dit le secrétaire général de l’UMP, la politique est un jeu où il ne faut pas avoir peur d’être impopulaire. Y compris parmi ses proches. Jean-François Copé s’est attiré ce week-end les foudres d’Alain Juppé, François Baroin et Eric Ciotti après sa polémique sur les « pains au chocolat », tout comme Nicolas Sarkozy avait semé la discorde chez les Raffarin, Jouanno et consorts en avril et mai dernier. Un deuxième tour pendant lequel NKM, pourtant porte-parole du président-sortant, regrettera d’avoir fait campagne pour Charles Maurras…

En cause dans les deux cas, une campagne jugée trop violente, trop rude et trop droitière. D’ailleurs, d’où vient cette notion de « droite décomplexée » prônée par Jean-François Copé dans son manifeste ?  D’un livre paru en 2001, intitulé Libre, et écrit par un certain…Nicolas Sarkozy. Cela ne s’invente pas. Le Parisien du 27 septembre le scande haut et fort : « Derrière les mots de Copé, il y la patte Buisson ».

Autre point commun présent chez ces deux « animaux politiques » : ce sont les rois du double discours. Les exemples qui prouvent que l’ex président est une girouette abondent : le mariage homosexuel, le droit de vote des immigrés, le  yacht de Bolloré qui accueille le futur candidat du peuple… Mais son digne héritier change lui aussi d’avis comme de chemise. L’ancien « mousquetaire » chiraquien, proche des modérés Valérie Pécresse, François Baroin ou Bruno Le Maire, utilise désormais la rhétorique du Front national. Mais plus frappant encore qu’une vrille sur l’échiquier politique, c’est cette fascination sarkozyste qui semble piquer Jean-François Copé seulement depuis cette année. En 2009, le député-maire de Meaux confiait dans son livre Un député, ça compte énormément avoir des relations difficiles avec le président d’alors. C’était avant d’évoquer un « lien très personnel » avec l’ancien président de la République, le 21 aout dernier…

A campagnes identiques, résultat identique ? Le diagnostic pour le 18 novembre prochain est facile à établir : après avoir fait la course en tête dans les sondages, François Fillon sera désigné président de l’UMP, mais avec moins de voix que prévu.

F Partager sur Facebook T Partager sur Twitter Ajouter un commentaire Envoyer par mail S'abonner au flux rss
AJOUTER UN COMMENTAIRE