Bug du réseau Orange : la France est accro au portable

PAR Laurent Lepsch, le 09/07/2012 à 16:23

Bug du réseau Orange : la France est accro au portableLes plus jeunes d’entre n’ont probablement jamais entendu parler du Bi-Bop du début des années 90. L’ancêtre du téléphone portable mais qui tenait davantage de la cabine téléphonique portable que du véritable mobile. Au cours de cette même période, l’autre moyen de transmission nomade s’appelait Tatoo, un boîtier sur lequel s’affichait le numéro de téléphone du contact à rappeler… d’une cabine téléphonique ou de chez soi.

C’était hier, il y a une éternité. Car à la fin des années 90, le téléphone portable, le vrai, allait révolutionner la manière de communiquer des êtres humains, emportant tout sur son passage. Bien sûr, les premiers temps furent autant de tâtonnements peu convaincants avec des appareils mobiles d’1 kilo et 1 mètre de diamètre et un réseau proche du néant, mais la révolution cellulaire était en marche.

Ces dernières années, les smartphones ont encore placé la barre un peu plus haut, faisant du téléphone portable un appareil multimédia et un objet design toujours plus sensuel et donc toujours plus désiré. Aujourd’hui plus de 95% des Français possèdent un portable : on n’arrête pas le progrès en marche dit la formule, ni les dommages collatéraux qu’il provoque pourrait-on ajouter. Ne revenons pas volontairement sur tous les bienfaits du téléphone portable - sinon la pertinence de cet article tomberait à l’eau.

Mis à part l’autisme dans lequel nous plonge un mobile dont on se sert, c’est en effet la dépendance à laquelle il semble tous nous soumettre qui effraie le plus. Elle porte même un nom qui fait horriblement peur : la nomophobie (contraction de no mobile phobia, ndlr), brrr !

Maladie hautement contagieuse qui plus est, touchant à présent tous les âges et qui ferait passer l’immunisé (si, si, il existe une infime poche de résistance qui n’a toujours pas succombé au téléphone portable) pour un illuminé et même, osons le mot, un ringard.

Preuve formelle de cet esclavage au téléphone portable, la panne du réseau Orange vendredi dernier dans toute la France et qui mit hors service douze heures durant la plupart des téléphones portables de notre pays.

« Orange, ô désespoir », il fallait alors croiser tous ces regards oxymores car pleins de vide, des Parisiens amputés de ce double virtuel et ainsi brutalement privés pensaient-ils, de tout contact avec le monde alentour, pour prendre la mesure du phénomène. Les rues de la capitale ressemblaient dès lors à un remake du film Seul au monde duquel même le fidèle Wilson aurait déserté, et on pouvait lire sur les visages hagards des passants, non pas seulement de l’agacement mais… de la peur ! Une attaque terroriste – laissez-moi exagérer – n’aurait pas eu autant d’effet dévastateur sur leur moral.

Car ce fut comme si chacun avait, au sens propre, perdu une partie de soi. Plus de téléphone portable signifiait ainsi ne plus pouvoir joindre l’autre autrement qu’en lui parlant de vive voix un peu plus tard, face à face, physiquement, quoi : insupportable, que dis-je insoutenable, pour ne pas dire inhumain.

Le constat à l’issue de ce bug était clair comme de l’eau de roche : l’obsession première du 21e siècle de nos congénères est de pouvoir conserver en permanence leur téléphone portable en état de marche, quand jadis celle des Gaulois était de ne jamais voir le ciel leur tomber sur la tête. C’était avant-hier, une éternité.

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