Dopage dans le sport : Noah seul contre tous, ou presque

PAR Emmanuel Bocquet, le 21/11/2011 à 17:07

Dopage dans le sport : Noah seul contre tous, ou presque

Bon d’accord, c’est moche d’accuser sans preuve. Les déclarations tapageuses de Yannick Noah dans l’édition du Monde de samedi, où l’ancien vainqueur de Roland Garros affirmait non sans ironie que les sportifs espagnols avaient trouvé la « potion magique », ressemblent plus à celles d’un vieux sportif aigri, dépassé et vaniteux que d’un expert en matière de dopage. Populiste et irresponsable, le chanteur de « Saga Africa » ? Clairement. Mais si la forme laisse à désirer, le fond du problème demeure intéressant.

La personnalité préférée des Français selon le JDD, dont la cote d’amour risque tout de même d’en prendre un coup avec cette affaire, devait bien se douter que son papier, publié de surcroît dans le canard le plus influent de France, allait lui valoir une volée de bois vert et des réactions de vierge effarouchée de la part de l’ensemble du mouvement sportif et politique, des deux côtés des Pyrénées. En faisant cela, l’ancien vainqueur de Roland Garros ne vise rien d’autre qu’un bon pavé dans la mare.

Et il faut bien admettre que certaines coïncidences sont assez troublantes et que le faisceau de suspicions qui nimbe les succès ibériques suscite une certaine curiosité. Car la domination des Espagnols sur le sport mondial est récente et est apparue de façon concomitante dans la plupart des disciplines majeures, ces cinq dernières années. Que le sport mondial soit sous la coupe d’une nation de 46 millions d’habitants a déjà quelque chose de suspect en soi. D’un point de vue purement statistique, c’est même aberrant.

Les couilles de dire la vérité

Et puis il y a cette fameuse « affaire Puerto« , dont les ramifications s’étendent bien au-delà du strict cadre du cyclisme. Le tristement célèbre docteur Fuentes venant renforcer le doute en déclarant dans un entretien au Monde avoir eu, outre des cyclistes, de nombreux sportifs comme clients : athlètes, joueurs de tennis, footballeurs… Entre le Barça et le Real qui dominent le foot européen de clubs (affiche annoncée de la prochaine finale de Ligue des Champions), la Seleccion qui gagne tout depuis 2008, Contador, Nadal, l’équipe nationale de basket qui vient de remporter le dernier Euro en battant la France de Joakim Noah (tiens, tiens) en finale… il y a de quoi, au minimum, s’étonner.

D’autant que la justice espagnole est nettement moins prompte que son homologue française à sanctionner les contrevenants. Témoins les nombreux sportifs espagnols convaincus de dopage mais blanchis, à l’image de la coureuse de fond championne du Monde du 3000 mètres steeple Marta Dominguez. Il y a quelques jours, le vainqueur du Tour 2006, Oscar Pereiro, regrettait à la télévision espagnole que « personne dans ce pays n’ait les couilles de dire la vérité sur l’opération « Puerto ».

Bien sûr, tant que rien ne sera prouvé, les sportifs espagnols continueront à jouer les blanches colombes et à mettre en avant leur travail de titan pour expliquer leurs performances. Mais si personne ne met un bon coup de pied dans la fourmilière de temps en temps, pour le coup on est certain que rien ne se passera jamais. Malgré les témoignages concordant et des analyses de sang plus que suspectes, Armstrong n’a jamais été dépossédé de ses victoires dans le Tour. Le dopage d’Etat organisé en ex-Allemagne de l’est dans les années 70 n’a été mis au jour que plusieurs décennies plus tard.

Dopage, travail, talent

Dans le concert d’indignation et de cris d’orfraie qui a suivi le papier au vitriol de Noah, une voix dissonante s’est tout de même élevée : celle de Richard Dacoury. L’ancien basketteur international reconnaît avec prudence qu’on « ne peut se permettre ça« , mais laisse entendre que la question mérite à nouveau d’être étudiée de près : « On connait un peu Yannick. Et c’est intéressant, il pousse au débat« .

Comme souvent, le délinquant a une bonne longueur d’avance sur le policier. L’Agence Mondiale Antidopage (AMA) accroît chaque année la liste des produits dopants détectables. Mais de nouvelles substances apparaissent régulièrement, rendant inopérants les contrôles pourtant de plus en plus drastiques. Et le président de l’AMA John Fahey lui-même déclarait récemment que la lutte antidopage n’attrapait que les « dopés simplets ».

Maintenant, il ne s’agit pas non plus d’être manichéen. La domination ibérique n’est pas uniquement le fait de pratiques dopantes organisées. Nadal a développé une résistance physique hors norme, mais sa domination sans partage sur la terre battue relève aussi du fait qu’il joue sur cette surface depuis tout petit – comme tous les tennismen espagnols, du reste. Xavi et Iniesta font 70 matchs par an en maintenant un niveau d’endurance « extraordinaire », mais la qualité de leurs passes, leur vision et leur intelligence de jeu, aucun produit dopant ne peut l’améliorer (ou alors, il existe mais on ne le sait pas encore). Si dopage il existe en Espagne, il est aussi accompagné de travail et de talent.

Bref, l’épineuse question du dopage dans le sport n’a pas fini de faire couler de l’encre et de susciter des réactions passionnées. On attend les vôtres…

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