
Homeland, la série qui rend parano. Présentée comme la série-événement de l’automne sur Canal+, Homeland a débarqué sur les écrans français jeudi dernier, succédant dans la case prime-time de la chaîne à une autre mouture estampillée US, Body of proof. La série est excellente, tout le monde est d’accord là-dessus.
Pour ceux qui n’en auraient pas encore entendu parler, le pitch est assez simple : un soldat américain retenu prisonnier pendant 8 ans en Irak par Al-Qaïda est miraculeusement libéré lors d’une opération de l’armée et revient en héros au pays, devenant la coqueluche des médias et de l’opinion publique US. Sauf qu’un agent de la CIA va rapidement le soupçonner d’avoir été « retourné » par ses ravisseurs et d’agir désormais à la solde d’Al Qaida pour préparer de futurs attentats sur le sol américain.
Damned ! Avec un postulat comme celui-là, on se dit que les auteurs vont s’attaquer à la dérive sécuritaire et la parano collective qui s’est emparée des Etats-Unis après le traumatisme du 11 septembre. Eh bien en fait… c’est exactement ça ! Créée par Howard Gordon et produite par Joel Cassar, à qui on doit le cultissime 24 (heures chrono), cette série d’espionnage explore les rouages de l’Etat américain, ses rapports avec les médias, l’armée et les services secrets.
Ce côté « paranoïa de l’Amérique post-11 septembre » a déjà évoqué dans l’excellent article de Télérama et aussi dans les Inrocks. On n’y reviendra donc pas, pour s’attarder plus longuement sur la forme, là aussi assez innovante eu égard au panorama des séries US calibrées grand public.
KEN & BARBIE
Si la série prend son temps pour planter le décor et présenter ses personnages, son rythme n’en est pas lent pour autant : le postulat de départ est ainsi posé presque d’entrée de jeu. La réalisation est plutôt classique (pas de zoom à la 24 et une utilisation parcimonieuse des plans caméra-épaules réservés aux scènes d’action) et la mise en scène d’une sobriété monacale.
Dans Homeland, point d’images léchées avec filtre orange (comme dans les Experts Miami pour bien montrer qu’il fait toujours beau en Floride), et les personnages ne sont pas des clones de Ken et Barbie avec brushing intégré. Les scènes de nudité (une poitrine dévoilée lors d’un rapport sexuel entre deux protagonistes) et les gestes du quotidien (l’héroïne principale se lave les parties intimes et se brosse les dents dès les premières minutes de l’épisode 1) souvent absents des séries américaines classiques, sont ici restitués sans fard ni fausse pudeur. Pas de doute, à l’instar d’Engrenage en France, Homeland joue la carte du réalisme, avec un style très sobre, parfois même proche du documentaire. Mais sans jamais être chiant.
Si Homeland, diffusé sur Showtime (Dexter, Weeds, Californication) a rencontré un succès public et critique aux Etats-Unis, c’est d’abord pour sa résonance sociétale. Mais c’est aussi parce qu’elle réunit tous les ingrédients d’une bonne série. Tout simplement. Un scénario cohérent, une intrigue vraisemblable, des personnages atypiques et fouillés (le personnage incarné par Claire Danes est une paranoïaque psychotique accroc aux médocs et prête à tout pour parvenir à ses fins, y compris proposer ses charmes à son mentor pour s’assurer une faveur), et un suspense qui va crescendo au fil des 12 épisodes.
Trouvera-t-elle son public en France ? Les trois premiers épisodes diffusés sur Canal+ ont fait un carton d’audience. Reste à savoir si le côté atypique de la série ne va pas trop déboussoler le public. Mais l’aspect addictif de la série devrait éviter une déperdition trop importante de téléspectateurs. Et puis, depuis quelques années, les abonnés de Canal+ sont habitués aux productions alliant entertainment et « oeuvre d’auteur ».
Ca tombe bien, Homeland en est sans doute la plus probante incarnation.
HOMELAND, Tous les jeudis soirs sur Canal+, à 20h50.
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